mercredi 8 janvier 2014

Le costume de Mam' Gozh ...!


" Ur wech e oa " ...



... Il était une fois ,
vers les années 1950 ,
quelque part dans le Finistère ,
 une " Mam' Gozh " heureuse ...
Tous ses petits enfants sont réunis ,
 " Ker Brug " grouille
 de tous les bruits qu' elle aime ;
 c' est dimanche , c' est le jour
 du pardon de la paroisse .
L' église se prépare à recevoir beaucoup de monde .
Doucement  Mam' Gozh prépare son petit monde à elle .




Anne sera la reine de la fête,
 elle a 6 ans ,
et c' est à son tour
de revêtir le joli costume breton
tant admiré  sur une de ses cousines l' an dernier...
Pensez donc , on ne le porte qu' une seule fois dans sa vie..!!
Elle  est anxieuse , c'est l' heure de monter à l' étage ,
tout le petit monde attend sagement
sur le seuil de la chambre des grands-parents ...
En ce temps là on ne pénétrait pas dans ce lieu un peu secret .
C' est alors que grince  la porte de l' armoire ,
 Mam' Gozh attrape le grand carton
et les yeux ébahis  redécouvrent la merveille...


Pour Anne c' est un grand bonheur...



Elle sait qu' elle doit être aussi sage qu' elle est fière ...










C' est son jour ,
elle le savoure comme on suce un bonbon...!


Depuis ce temps , le joli costume s' est usé,
le tablier a été changé
- le premier  était beaucoup plus beau
me dit Yvonne en me confiant ce souvenir ,
ainsi que la mission de réparer les outrages du temps ,
de gommer les griffures des jeux d' enfants .
Serais-je à la hauteur...?


Anne et yvonne , grands-mères à leur tour
attendent la surprise des six ans de leurs petites filles ,
regrettant un peu les coutumes qui se sont estompées
pour laisser place au folklore mais aussi  à la joie
de pouvoir se déguiser,  pour une fois ,
en " Princesse bretonne "...:-))


***

C' est en 1910 que Mam' Gozh a fait faire ce costume  par sa vieille nourrice adorée ,  très fine couturière , dont c' était la  tenue de  tous les jours ...il y en avait une pour la semaine et une autre pour le dimanche...


En 1970 , sur les rochers de Guillevinec j' ai peu la chance de pouvoir  admirer le travail des bigoudènes aux doigts de fées qui savaient si bien dresser le fil au bout de leurs crochets si fin...si fin...!!
Elles fabriquaient nos souvenirs de vacances made in Breizh...:-)








Depuis un petit napperon 
finement travaillé
 me parle souvent d' elles et de la Bretagne d' autrefois...:-)

Je suis sure que la nourrice de Mam' Gozh devait leur ressembler...!!

J' aime trop les objets qui racontent...
et vous...?

mardi 31 décembre 2013

À l' an que ven....!


" Seuls sur terre ne s' ennuient jamais 
                       les gens qui regardent en l' air ,


" les amis des tours et des oiseaux , des cimes des toits et des nuages ;
les amis des flèches et des fumées ,
des cheminées , des coqs , des croix et des girouettes .
Ils trébuchent en marchant , et cependant
ce sont de vrais voyageurs .
Le vent emplit leurs mains de hannetons et de feuilles .
L' espace décolore leurs yeux .
Ils n' ont pas d' âge ..."


                                     Germaine Beaumont
                                                                   - Si je devais -


***

C' est en trébuchant que l' on apprend à marcher...
C' est en cheminant que filent les années...
Chacune a sa saveur,  aucune n' est sans labeur...!!
À vous tous
 qui passez sur mes chemins , comme à moi , je souhaite de jolis voyages ...
Que cette nouvelle année soit simplement celle de nos rêves...:-))
Et comme le disait mon père dans son  patois de  Lozère 
" À l' an que ven ! 
Se sian pas maï , que sigen pas men "..!
À l' an qui vient !
Si nous ne sommes pas plus , que nous ne soyons pas moins...


                                                 Mathilde


mardi 24 décembre 2013

Une veillée de Noël particulière...

avec un couple un peu spécial...!


Nous sommes en Allemagne 
en 1940
au stalag XII de Trèves .
Paul Feller  , jésuite ,
prisonnier  de ce camp ,
 se lie d' amitié avec
Jean-Paul Sartre .
 Il lui demande d' écrire
une pièce sur la Nativité
qui serait jouée
avec tous
le soir de Noël



Sartre , l' athée , accepte ...!

Voici ce qu' il a écrit :

" Vous avez le droit d' exiger qu' on vous montre la Crèche . La voici .
Voici la Vierge , voici Joseph , et voici l' enfant Jésus .
L' artiste a mis tout son amour dans ce dessin , 
vous le trouverez peut-être naïf , mais écoutez .
Vous n' avez qu' à fermer les yeux pour m' entendre
et je vous dirai comment je les vois au-dedans de moi .

La Vierge est pâle et elle regarde l' enfant .
Ce qu' il faudrait peindre sur son visage , c' est un émerveillement anxieux 
qui n' apparut qu' une seule fois sur une figure humaine ,
car le christ est son enfant , 
la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles .
Elle l' a porté neuf mois .
Elle lui donna le sein et son lait deviendra le sang de Dieu .
Elle le serre dans ses bras et elle dit : " mon petit " !



Mais à d' autres moments , elle demeure interdite et elle pense :
" Dieu est là "
et elle se sent prise d' une crainte religieuse
pour ce Dieu muet , pour cet enfant
parce que toutes les mères sont ainsi arrêtées par moment ,
par ce fragment de leur chair qu' est leur enfant ,
et elles se sentent en exil 
devant cette vie neuve qu' on a faite avec leur vie
et qu' habitent les pensées étrangères .

Mais aucun 
n' a été plus cruellement et plus rapidement arraché à sa mère ,
car il est Dieu et dépasse de tous côtés ce qu' elle peut imaginer 
Et c' est une rude épreuve pour une mère d' avoir crainte de soi
et de sa condition humaine devant son fils .
Mais je pense qu' il y a d' autres moments rapides et glissants 
où elle sent à la fois 
que le Christ est son fils , son petit à elle et qu' il est Dieu .
Elle le regarde et elle pense :
" Ce Dieu est mon enfant ! Cette chair divine est ma chair ,
il est fait de moi , il a mes yeux et cette forme de bouche ,
c' est la forme de la mienne .
Il me ressemble , il est Dieu et il me ressemble...!!



Et aucune femme n' a eu de la sorte son Dieu pour elle seule .
Un Dieu tout petit
qu' on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers ,
un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire ,
un Dieu qu' on peut toucher et qui vit ,
et c' est dans ces moments là que je peindrais Marie si j' étais peintre
 et j' essayerais de rendre l' air de hardiesse tendre
et de timidité avec lequel elle avance le doigt pour toucher la douce
petite peau de cet enfant Dieu dont elle sent sur ses genoux
le poids tiède et qui sourit...


Et Joseph ? Je ne le peindrais pas .
Je ne montrerais qu' une ombre au fond de la grange
car je ne sais que dire de Joseph . Et Joseph ne sais que dire de lui-même
Il adore et il est heureux d' adorer . Il se sent un peu en exil .
Je crois qu' il souffre sans se l' avouer . Il souffre
parce qu'il voit combien la femme qu' il aime ressemble à Dieu .
Car Dieu est venu dans l' intimité de cette famille .
Joseph et Marie sont séparés pour toujours par cet incendie de clarté ,
et toute la vie de Joseph , j' imagine , sera d' apprendre à accepter .
Joseph ne sait que dire de lui-même :
Il adore et il est heureux d' adorer..."

                                                        Jean Paul Sartre
                                      - Bariona ou le Fils du tonnerre -


Dans la Paix de cette nuit des prisonniers pleuraient...






Ce soir de Noël 1940
Paul Feller
a joué le rôle de Bariona
le chef des juifs dressés
contre les romains .
Sartre , lui ,
a joué le personnage
du roi mage noir
Baltazar ...!!





À vous tous qui êtes là ce soir ,
que vous soyez croyants ou incroyants je souhaite un

" JOYEUX NOËL..."

C' est si beau de croire à l' Amour...:-))